La griffe

#68 – Souls Of Mischief

3 raisons d’écouter 93 ‘til Infinity – Souls of Mischief

(Jive/BMG Records, 1993)

Primo: Parce que Souls of Mischief nous montre que le rap, c’est pour tout le monde

Pour simplifier les choses, on peux grossièrement diviser l’évolution du rap en deux périodes: avant 1993 et après 1993. Avant, le rap, c’était fait par des gangsters pour les autres gangsters de leur quartier, et les rappeurs maniaient une langue exotique, peuplée de proxénètes et d’idéaux politiques formés dans des sous-sols remplis de fumée. Puis d’un coup, un petit groupe d’adolescents en Californie a décidé de montrer au reste du monde que le hip-hop, c’était aussi une musique qui s’inspire des vinyles de jazz poussiéreux qu’on trouve dans son grenier.

En surfant la vague d’albums monumentaux qui est sorti en 1993, les Souls of Mischief ont eu un peu de mal ne pas se laisser submerger par les flots imposants de Guru, Dr. Dre, A Tribe Called Quest, et toutes ces autres bêtes sauvages qui commençaient envahir les ondes radios. Mais, sans stress, Opio, Phesto, Tajai et A-Plus continuent profiter de leur immortalité ; sur le clip de leur hymne ’93 til Infinity, ils gambadent sur des plages en noir-et-blanc, sont perchés sur des rochers comme des condors, et jouent aux billards, la fois insouciant et confiant de la demande mondiale pour le chill. Et, sans surprises, leur album fut prophétique pour la presse de l’époque, et même s’il n’a pas profité du succès commercial de leurs compatriotes, il a depuis été cristallisé dans l’imagination de quiconque est paresseux mais créatif.

Segundo : Parce que c’est l’album que tout le monde écoute sans l’admettre

Avec un manque complet de recherche, je tiens quand même affirmer que ’93 til Infinity (la chanson dont l’album tire son nom) est le morceau de rap le plus repris de tout les temps.  Que ce soit Joey Bada$$, J Cole ou même Kanye West (qui dans un rare moment de modestie va jusqu’ dire que Souls of Mischief, c’est lui version 1993) l’esprit paisible de l’album se fait ressentir dans les recoins de l’univers musical. Même si on retrouve peu prés les mêmes sujets que dans d’autres albums de rap – fumer des joints, piquer des filles leurs mecs, parler grossièrement – le ton moqueur et léger fait en sorte que même les mamies ricanent en écoutant les mélodies jazzy de 93 ‘til Infinity.

Tercio : Parce que les Souls arrivent nous rendre jaloux

 Le vrai charme de l’album, c’est qu’il donne l’impression d’avoir été écrit sans aucun effort. Le studio des Souls, c’est une maison en Californie qui servait de porte tournante pour les jeux Nintendo, les filles et les psychédéliques. Le travail, pour eux, c’est des spliffs qu’on pas mesurer, des boissons fraiches, et des vieux films. Mais ils arrivent quand même composer un des meilleurs albums de hip-hop de tout les temps.

Le morceau écouter d’urgence pour se détendre : ’93 til Infinity

Raphaël Gernath – 2014