La griffe

#66 – Phrenology

3 Raisons d’écouter: The Roots – Phrenology

(MCA et Geffen, 2002)

Primo: Parce que c’est le retour du premier groupe de hip-hop

Pendant les années 90, quand un snob musical nous déclarait d’un ton hautain que le hip-hop, c’est pas de la vrai musique, c’est juste des gamins qui parlent en grattant leur lecteur de vinyle, on avait The Roots pour garder la face. The Roots, c’est le premier groupe dépasser la combinaison « Deux tourne-disques et un micro » en faisant irruption sur scène avec un accompagnement musical part entière, le tout accompagné d’une critique sauvage contre les tendances hyper-capitalistes du rap. Mais, pour citer notre ami Biggie, les choses ont changé, et maintenant critiquer le commercialisme du rap avec un piano dans le fond, c’est plutôt banal.

Mais que faire pour des créateurs qui voient leur style se faire copier moitié par des imitateurs pathétiques ? C’est la question laquelle répond The Roots qui, en vrais artistes, se sont réfugiés dans leur tour d’ivoire pour de folles expériences musicales, avant d’émerger trois ans plus tard avec un son plus original et propre que jamais. En oubliant la palette plus légère et jazzy (plus ‘roots’ quoi) d’avant, le studio devient l’instrument des musiciens qui nous livrent un résultat plus agressif et expérimental, mais résolument hip-hop.

Segundo : Parce que c’est l’occasion d’être surpris

Le cerveau des musiciens hip-hop semble être programmé bizarrement ; ils sont dotés de la capacité surhumaine de renifler un fantastique ‘sample’ de funk des kilohertz de distance, mais dés qu’ils s’éloignent de leur style de prédilection, ils commencent faire n’importe quoi, en reprenant Sting ou du Phil Collins ou d’autres atrocités. Mais The Roots arrivent se métamorphoser en éponge musicale, en absorbant d’innombrables genres tout en restant cohérent. Que ce soit la parodie punk qu’est « !!!!!!!!! » ou l’incursion dans l’esprit sombre  d’un drogué de « Water », c’est une géographie psychédélique et nivelée qu’on découvre dans les recoins de Phrenology.

 

Tercio : Parce que Phrenology, c’est aussi une encyclopédie du hip-hop

En plus de leurs expérimentations musicales, quand ils gravitent vers du hip-hop plus facilement digestible, The Roots arrivent rassembler une mosaïque d’artistes sur leurs morceaux. Ils nous rappellent que ce sont quand même des géants du hip-hop, en accompagnant des confrères comme Cody Chestnutt ou Nelly Furtado dans des explosions orgiastiques et enflammées de guitares et percussions.  Pleinement conscient des faiblesses du hip-hop – privilégier la quantité de mots sur la qualité, se prendre facilement pour une épopée poétique – The Roots restent moqueur, mais proposent finalement une solution harmonieuse.

Le morceau écouter d’urgence être satisfait: The Seed (2.0) ft. Cody Chestnutt

Raphaël Gernath – 2014