La griffe

#67 – Nigeria 70

Parce que c’est plus une encyclopédie qu’une simple compilation…


3 raisons d’écouter: Nigeria 70: The Definitive Story of 1970s Funky Lagos (Strut, 2001)

Primo: Parce que c’est plus une encyclopédie qu’une simple compilation…

Dans cette époque de playlist YouTube ou de CD poussiéreux cinq euros, instantanément composés par un geek dans son sous-sol qui met autant d’effort dénicher des bons morceaux que ses crottes de nez, c’est de plus en plus difficile de trouvez une porte d’entrée prometteuse vers un nouveau genre musicale. Mais, contrairement aux compilations qui succombent la formule « un artiste connu qui rempli la moitié de l’album plus quelques chansons aléatoires», Nigeria 70 fait partie de ces albums qui s’efforcent de débroussailler la jungle sonore africaine avec une ethnographie de l’Afrobeat digne d’un anthropologue diplômé.

Bien sur, on retrouve des colosses iconiques de la musique nigérienne, comme Fela Kuti ou King Sunny Ade, mais ce qui rend l’album spécial, c’est toutes les variations sur une même tapisserie funky. Des groupes dont les noms sont aussi pétillants que leur musique, comme Monomono ou Bala Miller et les Grandes Pyrameedes Musicales d’Afrike, nous rappellent que le Nigéria, c’est un univers de centaines de millions d’âmes qui orbitent autour d’un même esprit dansant et explorent les limites du rythme.

Segundo : Parce que c’est le livre de la jungle musical

Faut pas oublier que la scène musicale au Nigéria pendant les années 70 était une terre fertile, qui bouillonnait d’enthousiasme, d’argent et de vigueur autant que le pétrole dont le pays regorge.  Pleins de nouvelle énergie infantile, les musiciens nigériens laissent exploser leur souffle pour qu’il envahisse le monde en pleine guerre froide et blanche. Entre Bala Miller qui s’adresse au Parlement, des musiques dignes d’un film d’espion et des critiques contre des blancs pas très gentils, on découvre une nouvelle perspective. Comme la pureté de la lumière lunaire filtrée par le toit en paille d’une boite de nuit Africaine, on entend les sons d’un monde un peu plus sauvage et fou que celui qu’on connaît.

Tercio : Parce que Nigeria 70 est l’hymne d’une armée heureuse

Au final, Nigeria 70 arrive faire ce dont la plupart des compilations se vantent sur leur pochette ; transporter l’auditeur dans un espace où on ressent l’excitation et l’innovation d’une époque musicale révolu. Chanté dans au moins cinq ou six langues, on sent que c’est toute l’Afrique qui se presse vers nous pour découvrir ce qui l’attends au prochain tournant.

Le morceau écouter d’urgence pour changer de latitude : The Quest (Afro Cult Foundation)

Raphaël Gernath – 2014