La griffe

#69 – Houston Rap

3 bonnes raisons de lire : HoustonRap

(P.Beste, L.S.Walker, J.Kugelberg; inecureBooks, 2013)

Primo : pour une plongée en eaux troubles

«T’es plutôt East Coast ou West Coast, toi ?» Voil quoi pouvait ressembler le début d’une conversation entre fans de Rap d’une quinzaine d’années. Depuis, l’explosion d’Internet a fait voler en éclats les jolis petits vitraux des chapelles musicales travers le monde, ouvrant des perspectives sur des terra incognita luxuriantes, telles Houston, Texas. Jusqu’ récemment, et hors des frontières de l’état de l’étoile solitaire, Houston existait surtout dans l’esprit et sur la platine de quelques fans bien informés sous la forme de 2 entités indissociables : le groupe Geto Boyset son label, Rap-A-Lot. C’est dans les années 90 qu’un DJ du cru réussira,avec l’aide de quelques dizaines de collègues rappers (Scarface, UGK, Three Six Mafia…), le tour de force de créer une esthétique music alene de vantrien aux synthés lancinants de la Californie ni aux samples crasseux de la Grosse Pomme. Son nom ? DJ Screw. Inventeur du Screwed&chopped, (qu’on pourrait traduire par «Défoncé et découpé»)ragoût de Rap goûteux base de beats ralentis,DJ Screw, sort 6 albums et 270 mixtapes (!) en l’espace de 7 ans, avant de tirer sa révérence, victime de son goût excessif pour un poison aux reflets pourpres :le sizzurp (ou purple drank), mélange de Sprite et de sirop codéiné, hautement addicitif et très toxique, qui laissera la scène locale exsangue l’aube des années 2 000.

Secundo : pour le poids des mots, le choc des photos

E.S.G hilare, en train de se préparer une mixture aux teintes mauves que vous devriez maintenant reconnaître sans problème, Scarface en seigneur incontesté de la ville, pratiquant son swing sur un green de golf, danseuses de strip-club au string généreusement garni des pourboires de la soirée, si Houston Rapest si lourd,aupropre commeau figuré, c’estque PeterBesteasu capterl’âmede cette scène. Backyards rongésparles mauvaises herbes,tronchesdéglinguéesparla mauvaise herbe,pitbulls en rut et salonsde coiffurediscount…Pasdemainlaveilleque lesquartiersdeHoustonse retrouveront en couverture d’un catalogue Club Med. Et pourtant, les témoignages compilés ici, entre celui du vétéran K-Rino, la rigueur presque monacale, et les souvenirs Sex, Drugs, Rap-n’-Roll de Bun B donnent férocement envie d’aller la découverte de cette jungle et de la faune qui la peuple.

Tertio : parce que Sinecure Books a pensé faire les choses en grand

Si un coup d’oeil suffit ériger l’ouvrage au rang de somme définitive sur le sujet, il faut savoir que l’éditeur a décidé de mettre les petits plats dans les grands pour les fans les plus passionnés (mais aussi les plus fortunés). La version deluxe contient en effet un livre bonus, un 45 t et un DVD de Fat Pat, le légendaire album «All screwed up»double LP de DJ Screw, le tout présenté dans un coffret des plus coquets. La cerise surle ghetto en quelque sorte…

Le morceau écouter au ralenti : Mike Jones feat. Slim Thug and Paul Wall «Still tippin »

DJ POOM – 03/03/2014